Iliona 


Catherine Loury dite Iliona est née en 1944 au sein d’une famille de russes émigrés et reçoit une éducation cosmopolite.

Formation en architecture aux Beaux Arts de Paris.

Photographe professionnelle de 1971 à 1991.

Photoreporter, intègre les agences The Image Bank à New York en 1977, puis Top/Rapho à Paris en 1984.

Simultanément, photographe publicitaire de 1981 à 1991 spécialisée en prises de vue de natures mortes et de voitures (Groupe Havas, McCann,R.S.C.G., Publicis, Young et Rubicam).

A partir de 1992, n’effectue plus que du travail d’auteur et se consacre à la formation d’un autre métier, celui de psychothérapeute.

Aujourd’hui Gestalt-thérapeute, elle partage son temps entre ses consultations et l’exécution de reportages de fond, comme celui présenté, aboutissement de sept années de passion pour Venise.  


photographies de Catherine Loury dite Iliona

Lors de mes premiers voyages, enthousiasmée par la découverte de cette ville-décor, j’étais revenue avec plusieurs séries d’images sur les jeux d’ombres et de lumières mis en scène par un soleil s’infiltrant dans les ruelles et les canaux encaissés, ricochant sur les ponts et sur les pierres. Puis progressivement j’ai ressenti de la frustration avec le sentiment que l’essentiel me restait caché.

Lors de la lecture d’Acqua alta, un essai du poète russe Joseph Brodsky, fou amoureux de Venise en hiver, je me suis rendue compte que j’avais surtout regardé les pierres. J’étais restée dans une approche minérale, esthétique, certes, mais dénuée de sensualité, passant à coté de la seule chose qui se donne à voir dans cette ville et qui aurait pu déclencher mon émotion : l’eau.

Ce n’est qu’au cours de mon avant dernier voyage, en décembre 2009, que j’ai pu être témoin de ce phénomène de marées exceptionnelles qu’est Acqua alta : ce moment où la ville inondée perd ses contours habituels pour prendre un visage surréaliste et mouvant.

Chaussée de grandes bottes en caoutchouc comme tous les Vénitiens en période d’Acqua alta, brusquement, le fait de sillonner la ville dans 40 cm d’eau en repassant par des lieux précédemment traversés à pieds secs me permet de ressentir les pulsations de Venise, au rythme du flux et du reflux de l’eau.

A partir de là, hypnotisée, en dépit du froid glacial et humide, je suis là, pointant mon objectif vers l’eau pour en saisir les différents états, dans une osmose totale avec sa matière, sa couleur et son odeur, jusqu’à en oublier de protéger mon appareil numérique d’une bruine chargée de neige.

Tout est différent, plus intense, sous le ciel gris déversant ses tourbillons de flocons de neige collante qui amortit les sons dans une atmosphère ouatée, et Venise, de l’eau jusqu’aux genoux par endroits, ressemble à un immense navire immobile posé sur l’eau.

Les canaux débordent sans bruit, gommant les bords des quais, masquant la vie végétale qui prolifère sous Venise, habituellement visible sur les soubassements et les escaliers recouverts d’algues, qui disparaît comme par enchantement, faisant oublier que la Sérénissime campe sur un monde de décomposition verdâtre.

Eau mémoire dans laquelle s’enfoncent les pieux qui supportent la ville. Eau miroir dans laquelle se reflètent les habitations. Eau exhibitionniste lorsque Venise est inondée pour cause de fortes marées entre l’automne et le printemps. Eau régénératrice...

Lorsque la marée se retire, tout brille sous le soleil, puis sèche. Claquement sec des talons sur les pavés, clapotis de l'eau, symphonies de bruits divers qui s’entrechoquent, la ville se réveille lavée et retrouve ses assises en découvrant ses fondations dans la lagune lorsque l’eau est à l’étiage. C’est comme si rien ne s’était passé, jusqu'à la marée suivante et l'appel des sirènes qui retentit dans un langage codifié pour annoncer le retour de l’Acqua alta, auquel se mêlent les voix tonitruantes des gondoliers qui s'invectivent de barque en barque en arrimant à nouveau solidement leurs embarcations pour affronter la prochaine montée des eaux.





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